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Thierry Hulot, président du Leem : « La clause de sauvegarde est un impôt qui ne dit pas son nom »

28.10.22
Dans une interview pour Décision Santé publiée le 27 octobre, Thierry Hulot fait le point sur le PLFSS 2023.

Avec le PLFSS 2023, l'enveloppe du médicament devrait être inférieure de 3 milliards d'euros, en dessous des besoins réels des patients. C'est toute la chaîne du médicament qui est ainsi fragilisée, depuis les innovations thérapeutiques jusqu'aux produits matures encore produits en France. Comment dans ce contexte rebondir ? En inventant un nouveau mode de financement du médicament, explique Thierry Hulot.

Le président du Leem indique que « pendant longtemps, on a mis en œuvre une gestion comptable des dépenses de santé. Les besoins en soins, en médicaments relevaient d’une enveloppe définie uniquement en fonction de critères économiques et non de santé publique. Certes le citoyen peut se féliciter d’une gestion serrée des deniers publics. Pour autant, je constate un grand écart entre la demande de médicaments remboursés dont la croissance annuelle est de l’ordre de 7 à 8 % par an et le budget qui lui est alloué, de l’ordre de quasi-zéro cette année. Le fossé se creuse. Nous allons dans le mur. »

Il rappelle que « pendant la première vague de la pandémie, nous avons frôlé la catastrophe à la suite des difficultés d’approvisionnement en matière de curare par exemple. Ce ne sont pas des médicaments coûteux. Mais à force d’étrangler les PME qui les produisent, elles disparaissent l’une après l’autre. »

Thierry Hulot ajoute que le montant de l’enveloppe du médicament, « va être inférieur de trois milliards d'euros en dessous de la consommation de médicaments « réelle » que nous devrions constater en 2023. Ce qui ne permettra pas d’accueillir toutes les innovations dans l’Hexagone et de sécuriser les approvisionnements des médicaments du quotidien. Il y a quelques années le médicament représentait 14 à 15 % des dépenses de l’Ondam. En 2023, ce pourcentage devrait descendre à moins de 10 %. À un moment, il sera difficile de soigner sans médicaments... Nos concitoyens ont une image tronquée d’une industrie pharma réalisant des profits phénoménaux. La réalité est différente. Au sein du Leem, 50 % des entreprises réalisent moins de dix millions de chiffre d’affaires, 70 % moins de 50 millions de chiffre d’affaires. Au total 250 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire génèrent 100 000 emplois. C’est cela que l’on est en train de casser. »

Il explique que l’an dernier, la clause de sauvegarde s’élevait à 200 millions d’€. « En 2022, elle devrait grimper à 1,5 milliard. Pour 2023, la barre des deux milliards devrait être largement franchie. À combien s’élèvera la facture en 2024 ? Aujourd’hui la clause s’est transformée en taxe. C’est un impôt que ne dit pas son nom. »

Pour les adhérents du Leem, ce PLFSS « donne un coup de frein à l’attractivité ».

Le président du Leem croit cependant au dialogue et à la pédagogie. « On peut noter la volonté exprimée par tous nos interlocuteurs de se mettre autour de la table et de réfléchir dans la durée. Reconnaissons-le, le nouveau modèle du financement du médicament n’a encore été édifié dans aucun pays. Des expériences ont été menées ici et là. Il y a là une opportunité unique pour la France. Saura-t-on la saisir ? »