Le marché pharmaceutique mondial
Le marché pharmaceutique mondial en mutation
Évolution du marché international
Après un fort rebond en 2023 (8,2 % par rapport à 2022), le marché pharmaceutique mondial poursuit sa dynamique de croissance pour atteindre un chiffre d’affaires de 1 737 milliards de dollars en 2024, soit une progression de 8,09 %.
Selon les projections d’IQVIA, les dépenses mondiales en médicaments devraient croître à un rythme moyen de 5 à 8 % par an, ce qui porterait la taille du marché à 2 400 milliards de dollars à l’horizon 2029, principalement grâce aux médicaments déjà présents sur les dix principaux marchés mondiaux.
Cette trajectoire de croissance repose sur deux mouvements distincts.
D’une part, l’arrivée de traitements innovants, notamment issus des biotechnologies, redéfinit les standards thérapeutiques, les modèles économiques du secteur et, par conséquent, les systèmes de protection sociale. D’autre part, l’impact attendu des pertes de brevets sur un nombre significatif de médicaments dans les dix principaux marchés pharmaceutiques mondiaux contrebalance cette dynamique.
En dépit de cette croissance, de fortes disparités persistent selon les zones géographiques. En 2024, dix marchés concentraient près de 74 % du chiffre d’affaires mondial, le reste du monde représentant seulement un quart du marché.
La France maintient sa position à la 5ème place du classement mondial avec 3 % des parts du marché en valeur, loin derrière les Etats-Unis, qui conservent leur position dominante avec près de 46 % des ventes mondiales.
La Chine reste à la deuxième place avec non loin de 7 % de parts de marché, suivie par l’Allemagne (4 %), qui entre dans le top 3. Le Japon (3,5 %) est quatrième du classement, suivi des pays européens : l’Italie à la sixième place (2,6%), le Royaume-Uni en septième position (2,4 %) et l’Espagne (2,0 %). Le Canada se maintient à la neuvième place (2 %), puis le Brésil ferme la marche (1,9 %), témoignant du potentiel de croissance de certains pays émergents.
La croissance des marchés repose sur deux leviers : d’une part, la croissance en volume, qui reflète l’augmentation du nombre de boîtes de médicaments vendues, et, d’autre part, la croissance en valeur, qui correspond à l’évolution du prix moyen des médicaments. Ce prix moyen est notamment tiré à la hausse par l’arrivée de médicaments innovants, et à la baisse une fois le brevet tombé dans le domaine public.
Les marchés occidentaux, englobant l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, se caractérisent par un accès de longue date à des systèmes de santé bien établis et aux médicaments. La majeure partie de la population étant largement « couverte », le potentiel d’augmentation par le volume est limité.
La croissance demeure donc essentiellement tirée par la valeur, principalement due à l’introduction d’innovations plus coûteuses. Néanmoins, cette progression reste modérée, les pays disposant déjà d’un accès à des technologies de santé onéreuses.
Les pays émergents présentent désormais des trajectoires plus contrastées qu’attendu précédemment.
Si l’Amérique latine se distingue comme la seule région combinant une croissance supérieure à la moyenne en volumes et en dépenses, l’Inde et l’Asie-Pacifique voient leurs perspectives évoluer vers un modèle davantage porté par l’adoption de médicaments plus innovants, plutôt que par une hausse soutenue des volumes.
Dans les pays d’Europe de l’Est, où les systèmes de santé se sont progressivement développés depuis les années 1980, la population a déjà accès aux médicaments, mais les thérapies ultramodernes, donc coûteuses, sont moins accessibles. Ainsi, ce marché devrait principalement croître en valeur avec l’introduction de médicaments plus onéreux.
On observe, particulièrement ces dernières années, l’entrée de l’industrie pharmaceutique dans un nouveau cycle d’innovation, largement porté par les produits biologiques.
Sur les vingt dernières années, plus de 1 000 nouvelles substances actives ont été mises sur le marché, dont près de 400 au cours des cinq dernières années, témoignant d’une accélération sans précédent de l’innovation.
En Europe, les principaux marchés pharmaceutiques — France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Espagne — ont vu l’arrivée de près de 43 nouveaux médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), soit une hausse de 39 % par rapport à l’année précédente.
Les médicaments biologiques représentent à eux seuls près de 45 % des nouvelles introductions sur le marché européen au cours des cinq dernières années.
Ces traitements, plus ciblés et souvent personnalisés, constituent une rupture majeure dans la prise en charge de pathologies longtemps considérées comme incurables ou difficilement maîtrisables — cancers, maladies infectieuses, maladies neurodégénératives, maladies chroniques et maladies rares.
Ils permettent des gains thérapeutiques significatifs, tant en termes de qualité de vie que de perspectives de rémission, et redessinent les priorités de santé publique.
A ce titre, ils s’imposent comme un pilier stratégique de l’avenir de l’industrie pharmaceutique mondiale.
Avec un chiffre d’affaires estimé à 400 milliards de dollars en 2021, le marché des produits biologiques devrait passer de 462,55 milliards de dollars en 2026 à 652,72 milliards de dollars d’ici 2031, soit une croissance de 7,75 % en prévisionnel sur la période. Une croissance qui se reflète dans les projections à 4 ans.
En 2029, les aires thérapeutiques dans lesquelles les dépenses devraient être les plus élevées sont l’oncologie, les antidiabétiques, suivies par les traitements immunologiques et cardiovasculaires.
Cette trajectoire globalement dynamique masque toutefois de profondes recompositions internes du marché, liées aux nombreuses expirations de brevets attendues sur la période.
Dans les dix principaux marchés pharmaceutiques mondiaux, l’impact économique des pertes de brevets devrait s’intensifier au cours des cinq prochaines années, pour un coût estimé à 220 milliards de dollars.
L’ampleur réelle de ces effets demeure incertaine en raison de la diversité des politiques nationales de substitution par les génériques et les biosimilaires, ainsi que des stratégies industrielles et commerciales des acteurs concernés.
Au-delà des produits, cette recomposition du marché s’inscrit dans une transformation plus large des équilibres géopolitiques et économiques mondiaux.
La répartition régionale de la valeur et de l’innovation pharmaceutique évolue rapidement, au croisement d’enjeux industriels, sanitaires et de souveraineté.
Deux pôles structurants se distinguent aujourd’hui comme moteurs et bénéficiaires de cette dynamique : les Etats-Unis, qui concentrent une part majeure de la recherche, du financement et de la mise sur le marché des innovations, et l’Asie, portée principalement par la Chine et l’Inde, dont la montée en puissance repose à la fois sur des capacités industrielles renforcées, des marchés intérieurs en expansion et une ambition affirmée dans les biotechnologies et la production pharmaceutique.
Voir Une recomposition du marché mondial
Face à des politiques d’ampleur dans le secteur sur plusieurs continents, voilà pourquoi il est important que la France et l’Europe restent attractives sur le marché pharmaceutique mondial
Notre secteur est un moteur majeur de la croissance industrielle et de la R&D en Europe, avec 55 milliards d’euros d’investissements annuels et 320 milliards d’euros d’exportations.
Il est le contributeur le plus important à l’excédent commercial de l’Union européenne (UE), apportant 30 % de plus que l’ensemble des autres secteurs combinés. Ces chiffres confirment les conclusions récentes de la Commission européenne, selon lesquelles la croissance de la R&D est largement tirée par le secteur de la santé.
■ Cependant, au cours des deux dernières décennies, l’Europe a perdu 25 % de sa part mondiale d’investissements au profit d’autres régions.
Entre 2010 et 2022, la croissance annuelle moyenne des dépenses de R&D a été de 4,4 % dans l’UE, contre 5,5 % aux Etats-Unis et 20,7 % en Chine.
■ La France et l’Europe se trouvent à l’heure des choix : l’enjeu réside dans leur capacité à instaurer un écosystème incitatif pour la recherche et le développement, à renforcer la compétitivité des entreprises et à bâtir une politique commerciale fondée sur des partenariats internationaux stratégiques, afin de garantir aux patients français et européens l’accès aux traitements les plus innovants.