Demain, tous médecins ? Le nouveau patient

19.04.19
Depuis un peu moins d'une décennie plusieurs visions dessinent des paysages et des politiques très différents pour l'avenir de la médecine et des systèmes de santé : celle du citoyen-acteur responsable de sa santé, celle inspirée par le transhumanisme, et une vision orientée par le "care" et une approche plus holistique de la santé.

Les situations nationales et territoriales, les pratiques, les innovations rapides, mais également les inerties, la grande disparité des contextes et la grande complexité du système de santé rendent ces visions certainement simplistes et parfois utopiques.

La réalité est tout autre.
L'approche française reste aujourd'hui celle du soin plutôt que la santé, celle de l'adaptation chemin faisant et des jeux d'acteurs plutôt que de la stratégie collective.
Les parcours de soins sont en développement progressif, la politique du rabot a longtemps tenu place de réforme structurelle.
Les acteurs de la recherche et de l'industrie ont été longtemps freinés, le cadre réglementaire souvent inadapté aux innovations et à leur diffusion.

Bref, le nouveau monde émerge parfois de manière disruptive sous nos yeux, mais l'ancien monde est durablement présent. Il n'en demeure pas moins que ces visions se diffusent largement via de nombreuses publications et presque autant de colloques.

Il convient donc de les mentionner au titre du rôle qu'elles jouent auprès des parties prenantes et de leurs stratégies.

 

médecine

 

1. Une vision dominante pour 2030 : celle du citoyen acteur et responsable de sa santé

Dans cette vision, chacun pilote son parcours de santé, dans une logique associant individualisation et autonomie- responsabilisation.

Le numérique (e-santé, utilisation des datas) révolutionne le parcours de santé et est partout présent (entrée dans les parcours, suivi, développement de l'automédication...).

Un nouvel équilibre Sécurité sociale-assurances se met en place : les soins lourds sont pris en charge par l'Assurance maladie, le reste, de plus en plus conséquent, par les assurances.
La dépense courante de santé représente 14 % du PIB à terme (contre un peu plus de 11 % aujourd'hui).

Cette vision prometteuse reste problématique à bien des égards : les populations les plus fragiles (personnes âgées, personnes en situation socio-économique difficile, populations des territoires délaissés) sont les moins bien préparées, et la généralisation de cette trajectoire pourrait créer de nouvelles disparités.
 
Quels seront les acteurs opérateurs de cette transition où le numérique et les datas jouent un rôle essentiel ? Qui seront les garants de la qualité des informations et des processus ?

"Les promesses de la médecine sur mesure, au plus proche des patients sont immenses.  Attention aux personnes en situation de grand handicap qui sortent de ce cadre. Il faut une vision du soin qui n'oublie pas cette catégorie de patients."
Lionel Naccache, neurologue. Intervention au colloque PharmaCité. 14 septembre 2018.

 

                                          Un nouveau mot valise : l'individu-citoyen-patient ?

"A l'horizon 2030, les individus-citoyens-patients deviennent les pivots de l’écosystème santé.
Ils prennent le pouvoir, raisonnent en droits et devoirs, exigent attention et reconnaissance, notent, comparent et recommandent sur les médias sociaux les établissements de santé, les professionnels de santé, les médicaments...

Ils recherchent de la transparence et des explications argumentées, sont en attente de réponses adaptées rapides, se positionnent en partenaires des acteurs de santé. (...).
A l'horizon 2030, la personne confrontée dans son quotidien aux robots en santé est en attente de lien social, de simplicité, de chaleur humaine, de ce que les professionnels de santé déchargés du subalterne peuvent lui prodiguer, autrement, durablement'. (...).

Déjà adepte de l'automédication, le patient s'essaie à l'autodiagnostic comparé."
(extrait de Santé 2030, vers de nouveaux modèles économiques et collaboratifs, Institut Esprit Service, 2017).

"En 2030, la première porte d'entrée dans le système de soins sera dématérialisée.
Les individus auront accès à des dispositifs de diagnostic qui leur permettront de suivre eux-mêmes leur état de santé et de juger le niveau de gravité des symptômes.
En cas de symptômes à "risque", un logiciel ou un médecin, dans le cadre d'une e-consultation, orientera les patients vers les services médicaux
les plus pertinents."
(extrait de La santé en 2030, rapport Asterès, 2015).

 

 

 

Santé 2030 - Partie 1
Sources et intégralité de l'étude disponible sur notre site