Chantier 4 : mener la bataille de l'efficience

10.05.19
L'efficience a une définition économique : le rapport du coût à l'efficacité. Mener cette action est donc indispensable à la pérennité du système de santé.

Piloter innovations thérapeutiques et organisationnelles de concert

Avec cette notion, il y a optimisation possible de l'efficacité et/ou optimisation des coûts.
L'idéal étant de produire du soin de façon plus efficace et idéalement moins chère. Le propre des innovations thérapeutiques est d'être capable de produire les deux, en étant à la fois plus efficace et, à terme, plus économique.

Le retour en force des innovations thérapeutiques majeures ne pourra vraisemblablement pas être financé avec une "générification" progressive, comme dans le passé.

En effet, d'une part, la quantité de médicaments qui vont perdre leur brevet s'amenuise ; d'autre part, les médicaments chimiques sont remplacés par des médicaments biologiques et des biosimilaires (copie des précédents), mais les coûts de production de ces derniers restent élevés. Il en est de même avec les traitements en thérapies géniques et moléculaires.

Ces sujets sont très discutés : ils méritent une analyse concertée entre parties prenantes sur le long terme.
Ce que tous reconnaissent, c'est qu'il faut être capable de capturer les économies générées par les innovations dans l'organisation des soins.
 
C'est la vraie poche d'économies dans les années à venir.
Quand on dit qu'en cancérologie on va essentiellement transformer des maladies mortelles en maladies chroniques, cela veut dire, d'un point de vue économique, que l'on va chroniciser des coûts.
Et la seule manière de générer des économies dans un système chronicisant des dépenses est d'aller chercher des économies dans l'organisation des soins.

Il apparaît indispensable de parvenir à capturer les économies générées par les innovations technologiques.
Or, on reconnaît globalement une certaine difficulté française à tirer les conséquences organisationnelles des innovations scientifiques, qui ont pourtant un impact potentiellement considérable sur l'organisation des soins et sur les enjeux de financements et d'accès.
Si un nouveau médicament n'était pas apparu pour transformer le pronostic de l'hépatite C en guérison, on n'aurait pas besoin de réorganiser en urgence les services hospitaliers qui s'occupaient de cette pathologie !
 
Quand certaines chimiothérapies anticancéreuses injectables en hospitalisation de jour se transforment en chimiothérapies orales qui se prennent à la maison, on bouleverse significativement la qualité de vie des patients et tout aussi profondément l'organisation des soins.

Il faut une volonté politique et une organisation administrative permettant que ces réformes de structure (modes de tarifications, organisation ville-hôpital) aient effectivement lieu.
Si elles ne se font pas, la diffusion et l'accès aux solutions santé seront compromis.

La bonne nouvelle est que cette situation de sous-efficience résulte directement du système actuel : pas de fongibilité des enveloppes de dépenses, pas de dossier patient partagé, des actes de soins réalisés en silos, des spécialistes qui proposent chacun dans leur domaine les traitements et prennent encore peu en compte le patient dans sa globalité.

 

Les solutions sont donc faciles à identifier

La pertinence, et donc le progrès d'efficience des soins en 2030, sera celui d'un système qui aura corrigé et ajusté chacun de ces points.

Il faut une volonté politique et une organisation administrative permettant que ces réformes de structure soient effectivement menées. Cette politique doit autoriser un suivi et un pilotage de concert des innovations thérapeutiques et des innovations organisationnelles.

Les industriels et les chercheurs doivent être en mesure d'éclairer les pouvoirs publics le plus en amont possible des révolutions technologiques qui se préparent.
Il est, à cet égard, nécessaire d'augmenter les capacités d'anticipation et d'accompagnement des conséquences de la révolution technologique.

 

Vers un pilotage de l’efficience en santé

Il manque, en France, un organe de pilotage exécutif de l'efficience ainsi qu'une bonne coordination entre administrations.

Un organe de gouvernance partagée devrait être instauré et être capable, comme le HTAP (Health Technologies Adoption Programme) au Royaume-Uni, de détecter les technologies de santé à haut potentiel de changement organisationnel, d'en évaluer l'impact sur les organisations, d'en capturer l'efficience, de provoquer les réformes et, enfin, de redistribuer les économies générées dans le système.

Tout cela n'est pas fait en France.
Deux pays aussi différents que le nôtre du point de vue de la protection sociale et de l'organisation du système de santé - le Royaume-Uni et l'Allemagne - réussissent à détecter, évaluer et intégrer ces gains d'efficience.

 

 

         Expérimentation, intégration, agilité : comprendre au plus tôt les conséquences organisationnelles des innovations médicales pour en tirer parti


Partons d'un exemple.

Il y a dix ans, des médicaments révolutionnaires dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde (une maladie chronique très grave, très douloureuse, très handicapante), les anti-TNF alpha, ont été mis sur le marché en Allemagne et en France.

Comparons ce qui s'est passé dans les deux pays.

Quatre ans après l'introduction de ces médicaments, les coûts de prise en charge de la maladie ont baissé de 5 points en Allemagne, de 0,6 point seulement en France.

Pourquoi ?
L'Allemagne a réorganisé la prise en charge de cette pathologie grâce à l'introduction de ces médicaments, en la transférant rapidement de l'hôpital vers la ville : aujourd'hui, 60 % des patients atteints sont suivis en ville, contre 40 % sur le territoire national.
Outre-Rhin, on a fermé un lit de rhumatologie sur trois, en France, pas un seul !

En un mot, l'Allemagne a su tirer les conséquences organisationnelles d'une innovation médicale, quand la France n'en a tiré aucune.

Nous avons introduit un progrès thérapeutique qui aurait permis de bouleverser des organisations et de générer des économies importantes, mais nous n'avons pas été jusqu'au bout.

 

 

 

 

 

 

 

(Chantier 4 "Mener la bataille de l'efficience, indispensable à la pérennité du système de santé").

Extrait de Santé 2030 - Partie 4 : 10 chantiers pour construire 2030. Retrouvez  l'intégralité de l'étude sur le site.