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Perspectives : Pourquoi la pharma change de visage ?

30.03.26

Vieillissement accéléré, essor des maladies chroniques, révolution des biothérapies… Les lignes de force changent en profondeur.

D’ici 2035, 1 Français sur 4 sera atteint d’une affection de longue durée, concentrant près de 75 % des dépenses de l’Assurance maladie. Dans le même temps, développer un médicament nécessite en moyenne 2,2 milliards d’euros et 10 à 15 ans de recherche.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la seule question des dépenses : c’est la capacité de notre système de protection sociale à fournir les soins dont les patients ont besoin.

Du soin ponctuel à la gestion dans la durée

Notre modèle historique de système de santé est aujourd’hui mis sous pression par la prévalence grandissante des maladies chroniques.

Les maladies chroniques ont porté 70 % de la croissance des dépenses de l’Assurance maladie entre 2009 et 2023. Près de 50 % des 65-74 ans vivent aujourd’hui avec au moins une pathologie. Les dépenses de médicaments représentent 22 % des soins pour les patients en affection de longue durée, contre 10,7 % pour les autres.

Le médicament change alors de rôle : il n’est plus seulement une réponse ponctuelle, mais un élément structurant et indispensable de la prise en charge continue.

Vieillir plus longtemps… mais pas toujours en bonne santé

La transformation est d’abord démographique.

D’ici 2050, la France comptera plus de 20 millions de personnes âgées de 65 ans ou plus, et les plus de 75 ans représenteront plus de 16 % de la population.

Mais l’allongement de la vie ne s’accompagne pas d’un allongement équivalent de la vie en bonne santé. Celle-ci plafonne à 64,1 ans pour les femmes et 63,7 ans pour les hommes.

Une part importante des années de vie supplémentaires est donc vécue avec des pathologies, ce qui renforce mécaniquement les besoins en traitements et de prise en charge.

La montée silencieuse des maladies chroniques

Le centre de gravité du système de santé s’est déplacé.

Aujourd’hui, 37 % des plus de 75 ans sont touchés par des maladies cardio-neurovasculaires, contre 9,5 % des 55-64 ans. Environ 1,8 million de nouveaux patients par an sont liés à des facteurs de risque évitables. Près de 50 % des 65-74 ans sont concernés par au moins une pathologie.

Ces maladies s’installent dans la durée et transforment le médicament en outil de gestion chronique.

Le médicament devient une technologie

En parallèle, l’offre de médicaments ne cesse de s’étoffer et de se diversifier.

Plus de 660 nouvelles substances actives pourraient être mises en circulation d’ici 2027. Plus de 500 thérapies géniques et cellulaires sont en développement à travers le monde. La part des biothérapies est passée de 27 % à 42 % des médicaments approuvés au niveau européen en une décennie.

L’oncologie, avec 25 % des molécules en développement, et la neurologie, avec 16 %, concentrent une large part de ces innovations.

L'avènement d'une médecine personnalisée donne au médicament un rôle plus ciblé, plus complexe, plus technologique, plus central - et transforme en profondeur notre manière de soigner.

Un modèle sous tension

Cette transformation intervient dans un contexte budgétaire contraint.

Le déficit de l’Assurance maladie est estimé à 16 milliards d’euros en 2025. Dans le même temps, la France maintient un niveau de prise en charge élevé, avec près de 90 % des médicaments remboursés.

Le modèle doit désormais absorber des transformations qu’il n’avait pas anticipées.

Prévenir plutôt que subir

Dans ce paysage en mutation, la prévention reste un levier insuffisamment mobilisé.

La France n’y consacre que 2,8 % de ses dépenses de santé (OCDE, Health at a Glance: Europe). Pourtant, une augmentation de 10 % de ces dépenses pourrait réduire de 1 % les coûts liés aux maladies chroniques à horizon cinq ans (OCDE, travaux sur l’économie de la prévention).

Les gains potentiels sont significatifs : jusqu’à 16,7 milliards d’euros d’économies annuelles et jusqu’à deux années de vie en bonne santé supplémentaires (Moukala Same G. & Schwerer C.-A., cabinet Astères).

Un changement de paradigme

Le marché pharmaceutique français ne suit plus une trajectoire linéaire. Il change de logique.

Des patients plus âgés, plus longtemps malades. Des traitements plus innovants, plus complexes. Un modèle de financement sous tension.

La question n’est plus de savoir si le marché se transforme, mais comment accompagner cette transformation, en conciliant innovation, accès aux soins et soutenabilité du système.