Le marché pharmaceutique français
Un moteur économique freiné par le déficit de la Sécurité sociale
Dynamiques du marché pharmaceutique français : vue d’ensemble
Le marché pharmaceutique français regroupe plusieurs segments : les médicaments dispensés en ville, à l’hôpital, en automédication, en rétrocession, ainsi que les exportations.
Le chiffre d’affaires brut du marché pharmaceutique constitue un indicateur de la consommation et des besoins de la population en médicaments. Il ne reflète toutefois pas le montant réellement perçu par les entreprises. Il est donc essentiel de se référer à l’évolution du chiffre d’affaires net pour apprécier la croissance du marché pharmaceutique français, c'est à dire net des remises reversées chaque année à l'Etat.
Après une longue période de stagnation, le marché du médicament a renoué avec la croissance au cours des cinq dernières années. L’augmentation des besoins, la mise sur le marché de médicaments innovants et les extensions d’indication de molécules déjà disponibles ont contribué à cette dynamique.
Sur la période 2009-2019, malgré la hausse du nombre de patients, le vieillissement de la population et l’arrivée d’innovations majeures (hépatite C, immunothérapies), le marché régulé net des remises est resté stable, à environ 23 milliards d’euros.
En 2020, les reversements annuels de remises ont fortement augmenté, en raison notamment d’un transfert comptable d’environ 700 millions d’euros lié aux dispositifs d’accès dérogatoires entre 2019 et 2020.
Malgré la poursuite de la progression des remises versées par les entreprises au cours des trois dernières années, le chiffre d’affaires net des médicaments remboursables a retrouvé une dynamique de croissance entre 2021 et 2024.
Ainsi, après déduction des remises, le chiffre d’affaires net du marché régulé des médicaments s’élève à 27,5 milliards d’euros en 2024.
Dynamiques du marché pharmaceutique français : ville, hôpital et génériques
Marché ville métropole : une croissance brute de 6,1 % en 2024
En 2024, le chiffre d’affaires brut des médicaments en ville en métropole s’est élevé à 29,3 milliards d’euros (prix fabricant hors taxes).
Cette somme reflète principalement l’évolution du chiffre d’affaires des médicaments remboursables, dont le marché brut en métropole a enregistré une croissance de 6 % entre 2023 et 2024, pour atteindre 27,1 milliards d’euros.
L’effet de structure, correspondant à l’évolution du panier de médicaments consommés — notamment la montée en puissance de traitements plus récents ou innovants — contribue pour 4,8 points à la croissance.
Après avoir fortement progressé entre 2022 et 2023, cet effet ralentit en 2024, probablement à cause de l’arrivée de génériques de plusieurs anticoagulants oraux.
L’effet d’assiette, qui traduit l’extension du périmètre du marché (par exemple, l’arrivée de nouveaux médicaments remboursés ou l’élargissement d’indications), contribue, quant à lui, à 3 points de croissance.
Par ailleurs, l’effet volume, mesuré par l’évolution du nombre de boîtes délivrées, redevient positif en 2024 (+ 1,2 point), après avoir été négatif en 2023 (– 1,5 point).
A l’inverse, l’effet prix continue de peser sur la croissance du marché. En 2024, il contribue à hauteur de — 2,9 points, un impact plus marqué que les années précédentes (– 2,5 points en 2022 et 2023), reflétant la poursuite des politiques de régulation tarifaire.
Cette pression persistante sur les prix réduit l’attractivité du marché français pour l’investissement et l’introduction de nouvelles innovations thérapeutiques.
La croissance des médicaments non remboursables poursuit, quant à elle, son ralentissement en 2024 (3 %) par rapport à 2023 (5,9 %), mais semble repartir à la hausse en 2025, notamment avec l’arrivée des médicaments anti-obésité. Leur chiffre d’affaires atteint 2,2 milliards d’euros en 2024.
Marché à l’hôpital : une plus faible croissance en 2024
Le marché hospitalier des médicaments remboursables, incluant les médicaments de la liste-en sus, de rétrocession et ceux bénéficiant de dispositifs d’accès dérogatoires, a enregistré une croissance de 8,2 % entre 2023 et 2024, pour atteindre un chiffre d’affaires brut de 11,3 milliards d’euros.
Cette progression est portée par l’arrivée de thérapies innovantes, ainsi que par les extensions d’indication de médicaments déjà disponibles à l’hôpital.
Cependant, la croissance ralentit par rapport à 2023, (14,1 %), notamment en raison de la baisse du chiffre d’affaires des médicaments en accès dérogatoires (accès précoce et accès compassionnel), qui diminue de 4,2 % en 2024.
Un marché des génériques en hausse en 2024
Le répertoire des génériques est géré par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Il comprend des groupes génériques correspondant aux médicaments princeps, qu’ils soient commercialisés ou non.
L’arrivée des génériques à la tombée du brevet dans le domaine public du brevet du princeps permet de générer d’importantes économies.
En 2024, le chiffre d’affaires des médicaments génériques s’élève à 6 023 millions d’euros (1 351 millions pour les princeps et 4 672 millions pour les génériques).
Le répertoire des génériques représente plus de 50 % du marché remboursable en volume, avec une croissance de 2 % entre 2023 et 2024. En valeur, l’année 2024 a été marquée par la perte de brevet de plusieurs molécules majeures, entraînant une progression de 4 % du chiffre d’affaires du répertoire.
En 2024, le taux de pénétration des génériques suit la tendance de 2020, avec une augmentation de 1,4 point par rapport à 2023, pour atteindre 85,3 %.
La part de marché des médicaments inscrits dans un groupe générique s’est maintenue à 23 % en 2024. Les médicaments sous brevet ou n’appartenant pas au répertoire des génériques représentent donc 77 % des médicaments remboursables.
Un marché des biosimilaires en faible croissance
Après une forte progression entre 2019 et 2021, le marché des biosimilaires connaît une croissance très limitée en 2024, avec + 1,6 %. Ce ralentissement, comparé à 2023 (+ 7,3 %), s’explique par une adoption inégale des biosimilaires selon les groupes, malgré l’arrivée régulière de nouveaux produits.
Le marché total atteint 1 340 millions d’euros en 2024, porté notamment par trois biosimilaires.
L’arrivée de ces nouvelles spécialités a affecté le marché des bioréférents, dont le chiffre d’affaires a diminué de 10,5 %, pour s’établir à 3 430 millions d’euros.
La substitution en officine des médicaments biosimilaires a connu d’importantes évolutions ces dernières années.
Après avoir été suspendue, elle a été réintroduite sous conditions par la LFSS 2022, avec la publication des deux premiers groupes de biosimilaires substituables (filgastim et pegfilgrastim) en avril 2022.
La LFSS 2024 a renforcé le recours à ces médicaments, compte tenu des économies qu’ils représentent pour l’Assurance maladie, en autorisant leur substitution par les pharmaciens d’officine deux ans après l’inscription du premier biosimilaire, sauf avis contraire de l’ANSM.
La LFSS 2025 vise à accélérer davantage le processus en réduisant ce délai à un an à compter de l’inscription au remboursement du premier médicament biologique similaire.
Depuis, la liste des groupes biologiques substituables s’est élargie, passant de 3 à 9 molécules en février 2025.
L’automédication, un marché stable en 2024
L’automédication désigne l’utilisation, à l’initiative du patient, pour lui-même ou ses proches, de médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché, et ce, hors prescription médicale obligatoire.
En France, ce marché reste peu développé, alors même qu’il répond à des besoins thérapeutiques des patients et constitue souvent le premier contact avec un professionnel de santé dans le parcours de soins.
En 2024, l’automédication représente 2,2 milliards d’euros, un montant stable par rapport à 2023 selon NèreS, l’association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable.
Un marché pharmaceutique soumis aux pressions budgétaires de la Sécurité sociale
Le développement du marché du médicament français reste fortement contraint par le cadre financier particulièrement dégradé de la Sécurité sociale.
Alors que les comptes étaient proches de l’équilibre en 2019, après dix années de régulation stricte, la crise de la Covid-19 a brusquement creusé le déficit de l’ensemble des régimes, toutes branches confondues, atteignant un niveau inédit en 2020 de 39,7 milliards d’euros.
Après une amélioration progressive en 2021 (24,4 milliards d’euros), 2022 (19,6 milliards d’euros) et 2023 (10,7 milliards d’euros), le déficit a de nouveau atteint en 2024, hors années exceptionnelles liées à la crise Covid, son niveau le plus élevé depuis 2012.
Selon les prévisions budgétaires pour l’année 2025, cette situation devrait encore se détériorer.
Cette « perte de contrôle de la trajectoire des finances sociales », relevée par la Cour des comptes dans une période sans crise économique ou financière aiguë, interroge la pérennité de notre modèle social et la vision de moyen et long terme des pouvoirs publics pour le système de santé, notamment en ce qui concerne les dépenses de médicaments.
Face à ce contexte budgétaire particulièrement contraint, le marché pharmaceutique français est mobilisé comme levier d’économies à court terme pour contribuer, en partie, à la réduction du déficit de la Sécurité sociale, alors même que le médicament demeure un investissement et un moteur du dynamisme économique français.
Le dynamisme du médicament en France mis sous pression par des dispositifs de régulation toujours plus contraignants
La politique du médicament, pilotée principalement par la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), considère le médicament sous l’angle du contrôle des dépenses, notamment via une régulation croissante : régulation des prix par des campagnes de baisse, progression des remises, mobilisation et réformes successives des dispositifs de clause de sauvegarde, etc. à laquelle s’ajoute l’une des fiscalités sectorielles les plus lourdes d’Europe.
L’analyse des données historiques montre que le chiffre d’affaires régulé du marché pharmaceutique, net des remises et avant déduction de la clause de sauvegarde, a affiché une croissance annuelle moyenne de 6,1 % entre 2020 et 2025.
Toutefois, cette dynamique masque un écart significatif entre le potentiel du marché et sa trajectoire effectivement régulée : en l'absence de baisses de prix et de clause de sauvegarde, la croissance annuelle aurait atteint en moyenne 8,9 %, contre 4,7 % après prise en compte de l’effet prix et de la clause.
Autrement dit, ces deux mécanismes de régulation ont absorbé près de 4 points de croissance par an en moyenne, illustrant leur rôle structurant sur le marché du médicament.
En 2024, le chiffre d’affaires total du médicament régulé représente environ 9 % de l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), hors mesures exceptionnelles liées à la Covid-19.
Rapportées au PIB, les dépenses de médicaments ne représentent que 1,2 % du PIB français, contre 2,4 % aux Etats-Unis.
Les dépenses de santé du périmètre de l’Ondam ont crû en moyenne de 3,4 % sur la période 2010-2025. Sur la même période, le marché du médicament n’a progressé que de 1,7 %.
Mécaniquement, le ratio entre le chiffre d’affaires net des médicaments et les dépenses Ondam s’est réduit chaque année : alors qu’il représentait 11,6 % en 2012, il n’atteint plus que 9,12 % en 2024 et est estimé à 9,03 % pour 2025.
La régulation économique du médicament s’inscrit dans un cadre à la fois législatif et conventionnel.
D’une part, elle est définie par la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), qui fixe les orientations budgétaires et les objectifs de dépenses.
D’autre part, elle repose sur des négociations entre l’Etat et l’industrie pharmaceutique, formalisées dans l’accord-cadre conclu entre le Leem et le CEPS, précisant notamment les modalités de fixation des prix et les mécanismes de régulation.
Au-delà des mesures ponctuelles, quatre leviers de régulation de la dépense en médicaments sont mobilisés de manière récurrente lors de l’élaboration de l’Ondam.
Premièrement, les remises permettent à l’Assurance maladie de payer certains médicaments à un prix inférieur au prix public.
Elles sont reversées chaque année par les entreprises pharmaceutiques et peuvent être négociées conventionnellement entre le CEPS et les laboratoires pour certains produits (environ 5 % des médicaments inscrits), ou prévues par la loi dans certains cas. Elles constituent aujourd’hui le principal levier de régulation.
Deuxièmement, les baisses de prix, négociées entre le CEPS et les entreprises commercialisant des médicaments remboursables, visent à ajuster les tarifs au cours du cycle de vie des produits.
Troisièmement, la maîtrise médicalisée regroupe les actions menées par l’Assurance maladie pour améliorer la pertinence des prescriptions et encadrer la consommation de médicaments.
Enfin, la clause de sauvegarde se déclenche lorsque le chiffre d’affaires net des médicaments dépasse le montant M fixé par la LFSS, obligeant alors les entreprises à reverser une contribution financière à l’Assurance maladie.
Dans ce contexte, le poids du médicament dans les mesures de maîtrise des dépenses apparaît particulièrement important : le secteur supporte à lui seul près de 50 % des économies demandées à l’Assurance maladie, soit plus de 3 milliards d’euros sur les 6 milliards d’économies intégrées dans la construction de l’Ondam.
Les baisses de prix sont, avec la clause de sauvegarde, le principal levier de régulation du médicament.
Des baisses de prix de plus en plus importantes
La majorité des baisses de prix sont conclues entre le Comité économique des produits de santé (CEPS) et les entreprises commercialisant des médicaments remboursables en France.
En 2024, le montant des économies s’est élevé à 856 millions d’euros en prix brut, selon le CEPS, dépassant légèrement l’objectif voté dans la LFSS pour 2024, fixé à 850 millions d’euros.
La clause de sauvegarde, un mécanisme difficilement prévisible
Lors de sa création, la clause de sauvegarde se voulait être un « garde-fou » destiné à faire face à une augmentation inattendue des dépenses de médicaments.
Depuis 2014, elle se déclenche toutefois de manière quasi systématique. A partir de 2022, en contradiction avec cette logique de « garde-fou », un objectif de rendement de la clause de sauvegarde est inscrit dans les annexes du PLFSS, modifiant ainsi sa nature.
La clause de sauvegarde constitue aujourd’hui un instrument de régulation de la dépense à la fois peu lisible et difficilement prévisible.
En 2023, le gouvernement s’était engagé à limiter son rendement à 1,6 milliard d’euros, un montant reconduit pour 2024. Cependant, cet objectif a été systématiquement dépassé : 1,63 milliard d’euros en 2023 et 1,76 milliard d’euros en 2024, selon les estimations Leem.
Le rendement élevé de la clause de sauvegarde (jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires net de l’industrie en 2024) a conduit à la mise en place de mécanismes correctifs afin d’en assurer la soutenabilité pour les différents modèles d’affaires.
Le rapport de la mission d’experts sur le financement et la régulation des produits de santé (publié en 2023) a d’ailleurs préconisé une trajectoire de baisse visant à ramener son montant sous les 500 millions d’euros, soulignant la nécessité de fixer un objectif de décroissance rapide pour retrouver un niveau proche des montants historiques.
La méthode de calcul de la clause de sauvegarde a, par ailleurs, connu de nombreuses évolutions ces dernières années.
Au total, huit modifications ont été recensées en huit ans, tant sur son périmètre que sur ses modalités de calcul, renforçant ainsi l’imprévisibilité du mécanisme.
En 2024, la répartition reposait à 70 % sur le chiffre d’affaires net des entreprises, les 30 % restants étant liés à leur croissance.
En 2025, le mécanisme a fait l’objet d’une réforme d’ampleur, avec la sécurisation par les pouvoirs publics d’un rendement de 1,6 milliard d’euros via la mise en place d’une taxe structurelle.
Ce nouveau dispositif fiscal s’ajoute à la clause de sauvegarde, qui retrouverait ainsi son rôle initial de « corde de rappel ».
A ces différentes mesures s’ajoute une fiscalité particulièrement lourde pour les entreprises pharmaceutiques en France, avec un taux global de prélèvements sur le résultat d’exploitation atteignant 60 %, nettement supérieur à celui de leurs homologues européens.
Cette fiscalité se compose à 88 % de prélèvements sectoriels (incluant la clause de sauvegarde) et à 12 % de fiscalité générale, dont l’impôt sur les bénéfices des grandes entreprises, qui s’est sensiblement alourdi ces dernières années.
Ces mécanismes interrogent sur la soutenabilité du modèle économique de l’industrie pharmaceutique en France, alors que les prix pratiqués y sont déjà parmi les plus bas d’Europe (en moyenne — 11 % par rapport à ceux observés dans les pays voisins) et au regard de l’environnement international étudié précédemment.
Quelle régulation dans les autres pays européens ?
Dans le contexte de la sortie de crise sanitaire, qui a fortement pesé sur les systèmes de santé, le médicament fait l’objet d’une régulation économique dans de nombreux pays européens, notamment via des mécanismes de type clause de sauvegarde.
Néanmoins, les modalités de mise en œuvre varient d’un pays à un autre.
Par exemple, les génériques sont soumis au même mécanisme que les médicaments princeps dans la plupart des pays concernés, à l’exception de l’Estonie, de la Roumanie et de la Slovaquie. La répartition repose, selon les pays, sur les parts de marché, la croissance ou d’autres critères.
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Si en France, le poids de cette régulation repose majoritairement sur les industriels, alors même qu’ils ne contrôlent pas les volumes prescrits, d’autres pays ont choisi de responsabiliser l’ensemble des acteurs impliqués. En Belgique, la clause de sauvegarde est ainsi supportée à la fois par les industriels et par les assureurs.En Italie, le gouvernement a considéré que les administrations régionales participaient à la dynamique de croissance de la dépense en médicaments ; la clause de sauvegarde y est donc financée conjointement par les laboratoires et les régions. Variable d’ajustement comptable qui ne répond pas aux déséquilibres structurels du déficit de la Sécurité sociale, le médicament voit ainsi sa valeur stratégique pour la santé, l’emploi et la souveraineté du pays, fragilisée. |
Le médicament, plus qu’un coût : un facteur de vitalité pour l’économie française
Bien plus qu’un simple coût pour la Sécurité sociale, le dynamisme du secteur du médicament génère d’importantes retombées pour l’économie française.
Il contribue à l’amélioration de la santé publique, favorise la création d’emplois qualifiés, directs et indirects, et participe à la réduction de la pression exercée sur les hôpitaux et les professionnels de santé. Par ailleurs, la production de médicaments, exportés aux quatre coins du monde, renforce l’attractivité du marché français et soutient les gains de productivité indispensables au dynamisme de l’économie.
Le médicament, un pilier majeur de la balance commerciale et de l’emploi, aujourd’hui fragilisé
Historiquement, l’industrie pharmaceutique se distingue du secteur manufacturier français par sa forte orientation vers l’international.
En 2024, les exportations représentaient près de la moitié du chiffre d’affaires pharmaceutique français (48,5 %).
Après une chute exceptionnelle de son excédent commercial en 2023, à 400 millions d’euros, l’industrie pharmaceutique a retrouvé un excédent de plus de 4 milliards d’euros dans la balance commerciale française en 2024, sur un total de 24 milliards d’euros.
Cette capacité d’exportation alimente un cercle vertueux : elle renforce l’attractivité du territoire pour les investissements industriels et en R&D, soutient le financement de l’innovation thérapeutique et consolide la position des entreprises françaises dans les chaînes de valeur mondiales.
Cependant, ces données doivent être mises en perspective avec l’évolution de la part des exportations françaises de produits pharmaceutiques dans celles de l’ensemble de la zone euro.
Cette part a diminué au cours des deux dernières décennies, passant d’environ 20 % en 2000 à 8 % en 2024, tandis que d’autres pays, comme l’Allemagne, ont renforcé leur position.
Cette évolution traduit un affaiblissement relatif de la position de la France dans l’industrie pharmaceutique européenne.
Sur la même période, la régulation économique du médicament a cherché à faire baisser le prix moyen payé par les patients (c’est-à-dire le prix après intervention de l’assurance maladie mais avant remboursement par les complémentaires santé), tout en augmentant les volumes vendus et en diminuant l’enveloppe globale des dépenses.
Cette pression sur les prix, favorable aux patients et à l’assurance maladie, s’est traduite par une baisse concomitante des prix à la production, ce qui distingue la France de ses voisins européens, notamment l’Allemagne et l’Italie.
La pression exercée par l’administration américaine sur les prix du médicament pourrait particulièrement pénaliser l’industrie pharmaceutique française, qui contribue à près de 12 % de la valeur ajoutée générée en France.
Par ailleurs, l’industrie pharmaceutique a su maintenir ses effectifs salariés au cours des dernières décennies, alors que ceux-ci ont plutôt eu tendance à diminuer dans le reste du secteur industriel.
Depuis 2020, le secteur du médicament s’affirme comme l’un des principaux moteurs de création d’emplois industriels, devant le cuir (essentiellement porté par le luxe) et l’industrie agroalimentaire.
Après une série de hausses inférieures à 1 % entre 2010 et 2020, le secteur a connu une croissance notable entre 2021 et 2023, avec une augmentation moyenne 2,2 % du nombre de salariés en CDI et CDD, largement supérieure à celle de l’ensemble de l’industrie manufacturière (+1,1 %).
Entre 2018 et 2023, le secteur a ainsi enregistré une progression cumulée de 5,7 % des effectifs en CDI ou CDD.
L’industrie du médicament se distingue aussi par un taux de féminisation élevé : en 2024, 56,7 % des emplois étaient occupés par des femmes.
Cependant, face à des conditions économiques et juridiques de plus en plus instables et contraignantes pour le secteur, la dynamique de l’emploi s’est fragilisée en 2024, avec une croissance salariale limitée à environ 1 %.
Ce ralentissement se traduit notamment par une baisse de 10 % des embauches en CDI (contre –70 % dans le reste de l’industrie) et des perspectives particulièrement pessimistes pour l’emploi des jeunes, avec un recul inédit de 13 % du recrutement d’alternants prévu pour 2025.
Avec ses 109 243 salariés, dont 30 331 en Ile-de-France, 16 364 en Auvergne-Rhône-Alpes et 9 811 en Normandie, le secteur contribue fortement au dynamisme territorial et à l’attractivité industrielle.
Au 31 décembre 2024, la France compte 256 sites certifiés GMP pour les activités de fabrication des médicaments. La production reste majoritairement axée sur les
produits d’origine chimique.
Le tissu industriel du médicament en France est localisé sur l’ensemble du territoire. Il constitue un moteur de l’emploi et est créateur de valeur ajoutée.
Ancrée durablement dans les territoires, sa dynamique est un levier pour la souveraineté économique et sociale du pays.
Le secteur est d’autant plus stratégique pour la France qu’il s’appuie sur ses capacités de production et d’innovation, souvent renforcées par des installations de recherche et développement à proximité.
Selon le baromètre de l’attractivité du Leem, une enquête auprès des entreprises du médicament montre une augmentation de 38 % des investissements de production entre 2023 et 2024.
Il est donc essentiel de préserver et de renforcer l’attractivité du territoire national pour soutenir et pérenniser cette dynamique économique.
Le médicament, source d’économies et d’efficience pour le système de soins
Outre le traitement des pathologies, les médicaments génèrent d’autres externalités positives sur le système de santé, en favorisant la réorganisation des systèmes de soins
et l’évolution des pratiques cliniques.
Deux types d’effets externes permettent d’évaluer la valeur des innovations thérapeutiques.
1. Amélioration de la santé publique
Certaines innovations bénéficient à l’ensemble de la population, au-delà des patients.
Les vaccins contribuent à l’immunité collective, rapportant en moyenne jusqu’à 19 fois l’investissement initial à la société. Les antibiotiques limitent les épidémies et l’antibiorésistance, tandis que les traitements contre le VIH ou l’hépatite C réduisent le risque de transmission.
A l’échelle sociétale, ces innovations diminuent la prévalence des maladies et génèrent des gains économiques significatifs pour le système de santé, notamment par la réduction des hospitalisations, la diminution des actes médicaux et l’amélioration du parcours de soins.
Par exemple, les antiviraux contre l’hépatite C auraient permis de réduire de moitié les dépenses de santé liées aux maladies du foie et du pancréas entre 2015 et 2022.
2. Amélioration de l’efficience du système de santé
Les innovations thérapeutiques peuvent également améliorer l’efficience du système de santé en prévenant les complications et en réduisant le recours aux soins hospitaliers. Le vaccin contre la Covid-19 a ainsi permis de sauver près de 1,4 million de vies en Europe.
En oncologie, les immunothérapies et thérapies ciblées ont transformé l’organisation des soins, favorisant la coordination ville-hôpital et l’hospitalisation à domicile.
A titre d’exemple, dans la prise en charge du cancer du poumon métastatique en France, entre 2013 et 2021, l’introduction des immunothérapies s’est effectuée à coûts par patient constants pour l’Assurance maladie.
Ces effets prennent une dimension particulière alors que le système de santé entre dans une phase de transformation structurelle.
La France est confrontée à une crise démographique, marquée par le vieillissement de la population sans amélioration concomitante des années de vie en bonne santé, et par une hausse soutenue des pathologies chroniques (estimée à +28 % entre 2023 et 2035).
L’augmentation des besoins de soins qui en résulte, conjuguée à l’arrivée attendue de nouvelles vagues d’innovations thérapeutiques, pèsera durablement sur les équilibres économiques.
Dans ce contexte, la trajectoire future du marché pharmaceutique constitue un enjeu central pour la soutenabilité du système de santé.