L'économie du médicament

Marché mondial

En dix ans, la part de l’Europe a beaucoup décru

En 2012, le marché mondial du médicament est évalué à environ 856 milliards de dollars de chiffre d’affaires (contre moins de 200 milliards de dollars en 1990), en décroissance de 1 % par rapport à 2011. Le marché américain (États-Unis) reste le plus important avec 38 % du marché mondial, loin devant les principaux marchés européens (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Espagne), qui réalisent 17 % du marché mondial, le Japon (12 %) et les pays émergents (Chine et Brésil), 8 % de part de marché. La France est, en 2012, le deuxième marché européen derrière l’Allemagne.

LE MARCHÉ PHARMACEUTIQUE MONDIAL PAR ZONE GÉOGRAPHIQUE EN 2012 LES PRINCIPAUX MARCHÉS PHARMACEUTIQUES DANS LE MONDE EN 2002 ET 2012 PRINCIPALES CLASSES THÉRAPEUTIQUES EN 2012 LES 10 PRODUITS LES PLUS VENDUS DANS LE MONDE EN 2012 LES 10 PREMIERS GROUPES PHARMACEUTIQUES MONDIAUX EN 2012

Les entreprises d’origine française sont encore insuffisamment internationalisées

Malgré les mégafusions récentes, l’industrie mondiale du médicament demeure peu concentrée par rapport à d’autres secteurs d’activité : les cinq premiers groupes représentent 25 % du marché mondial contre 40 % dans l’informatique, 50 % dans l’automobile et 80 % dans l’aérospatial. L’implantation directe des entreprises d’origine française aux États-Unis et au Japon – les deux plus grands marchés du monde – a beaucoup progressé mais reste faible, comparée à celle des entreprises d’origine britannique, allemande et suisse. La part de marché des entreprises françaises aux États-Unis est notamment due au rachat de la firme américaine Rorer par Rhône-Poulenc et à Marion Merrel Dow (devenues Aventis et désormais intégrées au groupe Sanofi).

Le contrôle des prix et la faible rentabilité en France n’ont pas été favorables à l’internationalisation des groupes d’origine française. Cependant, la place réelle des produits d’origine française aux États-Unis, et surtout au Japon, est plus large qu’il n’y paraît : elle est souvent le fait de produits confiés en licence. De même, la diffusion internationale des produits japonais est sous-estimée. La crise financière de 2009 a contraint les laboratoires à trouver de rapides sources d’économies, au travers, notamment, d’importantes opérations d’acquisition. Quatre des plus gros laboratoires américains se sont ainsi restructurés : Pfizer a acquis le groupe Wyeth, et Merck & Co le laboratoire Schering- Plough. Par ailleurs, le laboratoire américain Abbott a racheté la filiale pharmaceutique du groupe Solvay.

En 2011, le groupe français Sanofi-Aventis a acquis le laboratoire de biotechnologies américain Genzyme. Le laboratoire israélien de génériques Teva a acquis la firme de biotechnologies américaine Céphalon. Enfin, le Japonais Takeda a racheté l’entreprise suisse Nycomed. En 2012, un nouvel acteur majeur du marché des génériques naît, issu de l’acquisition du Suisse Actavis par le laboratoire américain Watson.

Les rapprochements des grands groupes mondiaux (implantation géographique stratégique des entreprises, regroupement des entreprises par domaine d’intérêt thérapeutique…) ont pour but de leur permettre d’atteindre une taille critique afin de réaliser des économies d’échelle eu égard aux coûts de recherche, d’avoir une plus forte présence sur les marchés et de faire face à la pression exercée sur les prix des médicaments (notamment en Europe) par les pouvoirs publics. Les fusions-acquisitions peuvent avoir également pour objectif l’acquisition de nouvelles technologies (acquisition de firmes de biotechnologies), l’introduction dans un nouveau domaine thérapeutique ou sur un nouveau segment (automédication, par exemple), l’acquisition d’une force de vente ou de distribution, l’implantation dans un pays étranger ou sur un continent. Un mouvement d’intégration verticale, en particulier aux États-Unis, s’était opéré avec les entreprises de distribution du médicament ou les organismes privés gestionnaires de la maladie (sécurités sociales privées). Il est souvent remis en cause, aujourd’hui, en raison de la différence de profitabilité des activités. Le coût des opérations d’acquisition étant plus élevé, les entreprises développent des accords ou des alliances entre elles et font appel à des compétences extérieures (sous-traitance) à tous les niveaux : recherche, développement, fabrication… En outre, le partenariat peut prendre la forme d’accords de licence pour confier la commercialisation de certains médicaments à d’autres entreprises. La recherche fait également appel à de nouveaux modes de collaboration en réseau, entre la recherche publique et la recherche privée, par exemple, ou via des partenariats internationaux. La croissance du marché est, pour beaucoup, celle des génériques et des biotechnologies dans les pays développés et celle de l’ensemble de la pharmacopée dans les pays émergents, notamment dans les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) et, demain, l’Afrique du Sud.

À l’horizon 2015, la tombée dans le domaine public de brevets de produits innovants et internationalisés commercialisés dans les années 1980-1990, la croissance du marché des génériques et la mise à disposition des patients de produits ciblés issus des biotechnologies induisent une transformation du modèle économique de l’innovation. Dans les cinq prochaines années, de nombreux médicaments internationalisés réalisant un chiffre d’affaires annuel de 80 milliards de dollars vont à leur tour tomber dans le domaine public, entraînant mécaniquement un fort développement du marché mondial des génériques et, très rapidement, des biosimilaires.

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