Développer un médicament est économiquement risqué

RISQUE  Evaluer précisément ce que va coûter le développement d’un médicament est difficile. Seule règle : les médicaments mis sur le marché doivent financer leur propre développement, incluant le coût des échecs. C’est une activité économique à haut risque.

Il est difficile de connaître de façon précise le coût de développement d’un médicament : la structure même du processus de recherche, de développement et de commercialisation d’un médicament, fait d’investissements, d’échecs et de longues procédures administratives pour accéder au marché, rend l’exercice quasiment impossible. Seule règle connue : les médicaments qui arrivent sur le marché doivent générer des ressources permettant de rémunérer leur propre coût de développement mais également le coût des échecs intervenus à chaque phase du processus.

 

L’estimation actuelle

Il n’existe aucune formule de calcul permettant d’identifier à chaque moment du développement les ressources directement mobilisées pour cette phase spécifique. Le coût se calcule aujourd’hui en se fondant sur la prise en compte du coût des échecs selon trois paramètres essentiels :

- le rapport entre le nombre de molécules identifiées dans la phase de découverte et le nombre de molécules enregistrées sur les principaux marchés, - les montants investis,

- le temps écoulé entre la prise de brevet pour la molécule et l’accès aux marchés remboursés. Le coût de développement d’un médicament s’est accru ces dernières années passant de quelques centaines de millions d’euros à plus de 1,5 milliard2 d’euros pour certains médicaments. Il aurait augmenté de 60 %3 entre 2000 et 2005. Aujourd’hui, seul 1 médicament sur 134 sera couronné de succès, contre 1 sur 8, il y a dix ans.
 

 

Les conséquences de l’augmentation exponentielle du coût d’un médicament

Entre 1999 et 2009, les dépenses de R&D des industriels du médicament ont augmenté de 175 %5, tandis que le nombre de molécules approuvées chaque année a diminué de près de moitié. Même l’industrie des biotechnologies, jugée plus créative, ne bénéficie pas, sauf quelques rares exceptions, de retours sur investissements plus importants que ceux de la « big pharma ». Par conséquent, le développement de médicaments est considéré comme une activité économique à haut risque, ce qui tend à « éloigner les investisseurs du capital des compagnies de biotechnologies émergentes et à réduire la valeur boursière des grands laboratoires pharmaceutiques »6.

 

Les entreprises du médicament inventent un autre modèle

- Elles remettent à plat leur modèle d’innovation et de développement.

- Elles se sont donné comme priorités :
   - la mise en commun des ressources : bases de données, biobanques, tumorothèques, plateformes techniques ;
   - « l’innovation ouverte » en multipliant les collaborations scientifiques et technologiques avec l’extérieur pour élargir les possibilités de R&D. Elle ne se substitue pas à l’activité de R&D interne mais en est largement complémentaire ;
   - la recherche translationnelle afin de fluidifier le circuit de développement du médicament et en raccourcir les délais.
 
L’innovation ouverte7 permet aux entreprises d’accéder à un éventail de connaissances et d’idées beaucoup plus large que ce que les capacités internes peuvent gérer.
 
(1) Estimation fournie par le Tufts Center for the Study of Drug Development. Communiqué du 5 janvier 2011. (2) Elias Zerhouni. Leçon inaugurale au Collège de France. « Les grandes tendances de l’innovation biomédicale au XXIe siècle ». 20 janvier 2011. Page 27. (3) PhRMA. Infographics. N°14. www.phrma.org/research/infographics (4) Elias Zerhouni. Ibid cité. (5) Steven M. Paul, Daniel S. Mytelka, Christopher T. Dunwiddie « How to Improve R&D Productivity : the Pharmaceutical Industry’s Grand Challenge ». « Nature Reviews. Drug Discovery », n° 9. Mars 2010. p 203-214. (6) Elias Zerhouni. Ibid cité page 28. (7) Ministère de la Recherche. « Réseau mondiaux d’innovation ouverte, systèmes nationaux et politiques publiques. » Frédérique Sachwald. Décembre 2008.