Communiqués de presse
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Refonder une vraie politique d’attractivité pour les investissements en santé : une urgence absolue

30.08.16
Le Leem publie son bilan économique des entreprises du médicament pour 2015. Dans le contexte d’un marché pharmaceutique très contraint, la situation économique du secteur en France interroge sur sa capacité à rester un atout industriel pour le pays. 

Un marché pharmaceutique français à contre-courant…

En 2015, la France est le seul pays d’Europe à ne pas avoir affiché de croissance de son chiffre d’affaires : les marchés allemands (+6 % de croissance du CA en 2015), espagnols (+16 %), italiens (+13 %) et anglais (+10 %) renouent avec une dynamique de croissance. A l’inverse, le marché français stagne en 2015, confirmant une tendance qui dure depuis quatre ans.


À l’échelle mondiale, la part de marché pharmaceutique de la France diminue de manière significative : elle représentait 5,4 % en 2005, 3,9 % en 2014 et ne représente plus que 3,5 % en 2015.

La régulation économique a absorbé en 2015 l’impact de l’arrivée des innovations thérapeutiques pour soigner l’Hépatite C. Malgré les inquiétudes des pouvoirs publics sur l’équilibre des dépenses de l’Assurance maladie, les mesures d’économies - baisses de prix, maitrise des volumes de vente et régulation financière – ont totalement amorti l’impact pressenti de ces innovations.

Cette récession durable est pénalisante en termes d’attractivité du territoire.


… souffrant  d’une régulation économique toujours plus lourde

Les plans successifs d’économies mis en place ces dernières années par les pouvoirs publics étouffent le secteur qui assume, à lui seul, 50 % des efforts d’économies de l’Assurance Maladie, alors qu’il ne représente que 15% des dépenses de santé. En 2016, la contribution des entreprises du médicament s’élève à un niveau jamais atteint : 1,66 Md€ d’économies, dont 900 M€ de baisses de prix.

À cette contribution annuelle du secteur par les baisses de prix et les baisses de volumes, s’ajoute une taxation spécifique à l’industrie pharmaceutique. Entre 2011 et 2015, la part des prélèvements sur le chiffre d’affaires taxable est ainsi passée de 3,6 % à 6,3 % alors que le taux de croissance du chiffre d’affaires taxable s’est réduit de + 0,3 % à - 0,6 %. L’augmentation de la taxation, conjuguée à la récession du secteur, conduit à une érosion de la rentabilité du secteur.

Les prix des médicaments français sont parmi les plus bas d’Europe occidentale. Une étude du CEPS révèle que pour 93 % des produits sous brevet et au chiffre d’affaires particulièrement élevé, les prix français sont inférieurs à la moyenne de ceux de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Espagne et de l’Italie.

Le médicament, moteur de la balance commerciale de la France

Avec 7,7 Mds€ d’excèdent en 2015, l’industrie du médicament est l’un des rares secteurs à conserver une balance commerciale positive. Les échanges commerciaux de médicaments entre la France et les autres pays sont en hausse de + 1,5 % par rapport à 2014.

Toutefois, cette faible hausse en 2015 doit être nuancée. Elle intervient après une forte récession en 2014 (- 5,0%), confirmée par les premiers chiffres de 2016 (- 19 % en avril 2016).

Pour les années à venir, l’attractivité de la France en matière de production industrielle est un enjeu majeur. L’appareil de production de médicaments en France est essentiellement dédié aux produits chimiques. Pour capter sur le sol français de nouvelles productions, et en particulier des productions de médicaments de biotechnologie, l’attractivité industrielle doit être encouragée.

L’emploi en pleine mutation

En 2015, les chiffres de l'emploi confirment la dégradation constatée depuis 2013 où le secteur est passé sous la barre des 100 000 salariés (98 810 collaborateurs en 2014, 99 453 en 2013). La baisse des effectifs en 2015 touche tous les métiers, même si la dynamique de recrutement du secteur pharmaceutique reste importante, avec 8 500 embauches en 2014.

L’industrie du médicament est en capacité de rebondir en matière d’emploi à travers le développement de nouveaux métiers, mais les conditions d’attractivité doivent être réunies au préalable pour y parvenir.

« Au moment où l'innovation thérapeutique revient par vagues successives, et dans un marché pharmaceutique français beaucoup trop contraint, il est urgent de repenser la politique du médicament. C’est pourquoi nous plaidons pour un objectif de dépenses (Ondam) « médicament » aligné sur l’Ondam général, ainsi que pour des réformes structurelles du système de santé, qui permettent à ce dernier de restituer les économies dégagées par ces innovations », déclare Patrick Errard, Président du Leem.