Les Français et leur santé

19.04.19
Obésité, diabète, addictions, suicide, pollution... : des enjeux de santé publique

Les comportements en matière de santé sont de plus en plus différenciés, oscillant entre un investissement personnel dans la gestion du "capital santé", pour une partie de la population, et des comportements à risque de plus en plus préoccupants pour les autres.
 
D'un côté, 40 % des Français (et la moitié des 25-34 ans) déclarent surveiller quotidiennement leur santé : (activité physique, alimentation, poids...) en conservent une trace1 et se disent fortement investis dans la gestion de leur "capital santé".
Cela concerne déjà une majorité des patients dans le cadre de la gestion des pathologies chroniques en relation avec leur médecin. Un quart d'entre eux utilisent des objets connectés dans le domaine de la santé3 (aujourd'hui essentiellement des jeunes et des urbains éduqués).
D'un autre côté, les comportements ou contextes à risque progressent, en dépit des politiques publiques.

Maladies

Le poids du diabète

3,3 millions
Nombre de diabétiques en France en 2017.
406 millions
Nombre de diabétiques dans le monde en 2018.
511 millions
Nombre de diabétiques dans le monde en 2030.

 

Obésité, sédentarité, la spirale infernale

La sédentarité devient un véritable phénomène de société : depuis 2006, le temps moyen passé par les adultes devant les écrans est passé de 3 h 10 par jour à 5 h 07 en moyenne.
L'activité physique n'a pas progressé chez les enfants et s'est même dégradée chez les 6-10 ans.
Si on note une progression de l'activité physique chez les hommes jeunes, celle-ci est très fortement liée au niveau de revenu et d'éducation.
La capacité cardiovasculaire des enfants de 9 à 17 ans a diminué en moyenne de 25 % en 40 ans. Entre 30 et 60 % de cette baisse s'explique par l'augmentation de la masse graisseuse des enfants.

6 Français sur 10
C'est la part de Français qui pourraient être en surpoids en 2030, dont 20 à 25 % d'obèses.
5h07
Temps quotidien moyen passé par les adultes devant les écrans en 2018, contre 3h10 en 2006.

Obésité

La montée des addictions

Le tabagisme régulier (80 000 décès attribuables par an) se stabilise à un niveau très élevé en France.
Il concerne 35 % de la population de plus de 15 ans (41 % des hommes de 25-34 ans). Si les moins de 25 ans fument moins (tendance lourde), la proportion de fumeurs chez les 55-64 ans est passée de 15,5 à 21,1 % entre 2010 et 2016 (+36 %).
En 2016, les personnes à bas revenus fument plus qu'en 2010 (37,5 % contre 35,2 %), tandis que les personnes aux revenus plus élevés ont diminué leur consommation (20,9 % contre 23,5 %).
La consommation d'alcool, qui occasionne 50 000 décès par an, ne diminue pas : la baisse tendancielle de la consommation de vins ne compense pas la croissance de la consommation des spiritueux et de la bière, et l'explosion des alcoolisations ponctuelles importantes mensuelles chez les jeunes notamment (elles concernent 28 % des étudiants en 2014, contre 19 % en 2010 et 10 % en 2005).
La consommation régulière d'alcool concerne aujourd'hui 1 lycéen sur 5 et 1 lycéenne sur 10.
La consommation de stupéfiants s'est considérablement aggravée au cours de la dernière décennie et continue à progresser.
Les Français âgés de 16 ans sont devenus les premiers consommateurs de cannabis en Europe : 30 % des jeunes adultes sont en effet des fumeurs réguliers et on compte 4 millions d'usagers (réguliers ou occasionnels) en France.

 

Le suicide : un mal français

Avec un taux de suicide de 17,7 pour 100 000 habitants, la France se place au-dessus de la moyenne mondiale qui est de 10,8.
7,2 % des Français âgés de 18 à 75 ans ont déjà tenté de mettre fin à leurs jours.
Les femmes sont particulièrement touchées. Selon Santé publique France, près d'une Française sur dix est passée à l'acte au cours de sa vie.
Si les hommes représentent les trois quarts des 8 948 décès par suicide officiellement recensés en 2015 par le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc-Inserm), un chiffre stable par rapport à 2014 (8 885 décès) après plusieurs années de "lente décroissance", les pensées suicidaires et les tentatives de suicide sont davantage le fait des femmes.
Un paradoxe apparent qui s'explique par le fait que les hommes utilisent des moyens plus létaux (armes à feu, pendaison).
Quelques données éclairent certains profils "à risque" : près d'un tiers des femmes (31 %) et un quart des hommes (25,7 %) ayant subi des attouchements ou des rapports sexuels forcés ont déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie.
Et près d'un quart des personnes ayant connu un "épisode dépressif caractérisé au cours de l'année" (25,1 % des hommes, et 22,6 % des femmes) ont eu des pensées suicidaires au cours de cette période. Par ailleurs, les "graves problèmes d'argent", les "menaces verbales", les "humiliations ou intimidations" et le fait d'avoir "vécu une séparation ou un divorce" au cours des douze derniers mois "multiplient par deux environ le risque d'idéations suicidaires".

 

Microparticules, pesticides, perturbateurs endocriniens... la pollution invisible

Il est aujourd'hui de plus en plus souvent admis que les sociétés développées sont exposées à certains polluants susceptibles de favoriser l'apparition de pathologies et parmi eux, notamment, les microparticules et les perturbateurs endrocriniens.

Les microparticules présentes dans l'air des villes
Selon les estimations de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE), en 2013, au sein de l'Union européenne, plus de 430 000 décès prématurés ont été causés par l'exposition à des microparticules. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que le dépassement des seuils de concentration en particules fines dans de nombreuses villes européennes entraîne une baisse de l'espérance de vie de 8,6 mois en moyenne.
Les perturbateurs endocriniens présents dans l'alimentation, les cosmétiques, les textiles, l'air, l'eau...
Un perturbateur endocrinien est défini par l'OMS comme "une substance exogène ou un mélange qui altère la/les fonction(s) du système endocrinien et, par voie de conséquence, cause un effet délétère sur la santé d'un individu, sa descendance ou des sous-populations".
Cette catégorie regroupe par exemple les pesticides, les dioxines, le bisphénol A, les parabènes...
Selon l'AEE, en 2011,60 % des rivières européennes analysées (122 stations dans 27 pays) et 25 % des eaux souterraines (164 sites dans 27 pays) contiennent un grand nombre de substances chimiques.

Des études ont aussi montré que la quasi¬totalité des femmes enceintes présentent dans leurs urines des quantités parfois élevées de perturbateurs endocriniens de différentes natures (bisphénol A, phtalates, dioxines...).
L'impact de ces expositions sur l'état de santé est de mieux en mieux reconnu, mais reste difficile à estimer précisément.
Ils pourraient notamment favoriser l'apparition de cancers, de troubles de la reproduction, du système nerveux.

L'analyse de leur impact est compliquée par le fait que les sources d'exposition sont multiples (ingestion, inhalation, contact cutané...) et que la sensibilité des individus varie selon les périodes de la vie (elle est particulièrement élevée au début de la vie).

 

pollution

 

Demain, tous allergiques ?

En France, entre 5 et 7 % de la population serait asthmatique, soit deux fois plus qu'il y a quinze ans.  Le nombre de personnes déclarant des allergies alimentaires aurait doublé en Europe depuis le début des années 2000, et il serait aujourd'hui de 17 millions.
Plus de 3 % des Français, des Allemands et des Italiens présenteraient au moins une allergie alimentaire. Ce taux atteindrait même 6 % pour l'allergie aux produits laitiers.

La forte composante génétique des allergies est connue de longue date.
Mais l'augmentation de la fréquence de ces maladies est beaucoup trop rapide pour être expliquée par un changement de notre constitution génétique.
Il est désormais bien établi que l'expression de nos gènes peut être modifiée par l'environnement, via des mécanismes épigénétiques.
Or, notre environnement subit actuellement des changements majeurs.
Le réchauffement climatique a pour conséquence un allongement de la période de pollinisation, une augmentation de la quantité de pollens dans l'air, la production de pollens dont le contenu allergénique est majoré.
 

La résurgence des infections sexuellement transmissibles

Selon une enquête menée par Santé publique France, on assiste à une recrudescence des infections sexuellement transmissibles (IST), qui se transmettent principalement lors de rapports sexuels non protégés.
Fréquentes et très contagieuses, les infections à chlamydia trachomatis et à gonocoque ont l'une et l'autre triplé en 2016 par rapport à 2012. Des chiffres élevés par rapport à ceux qu'enregistrent d'autres pays européens.
Ainsi, selon cette enquête menée auprès des laboratoires de biologie médicale publics et privés volontaires, une infection à chlamydia a été diagnostiquée en France chez 267 097 personnes en 2016, soit 491 cas pour 100 000 habitants, ainsi que 49 628 infections à gonocoque.
Pour mémoire, en 2012, le nombre de diagnostics de ces IST se chiffrait respectivement à 77 000 et à 15 000 cas.

 

La vaccination : l'ambivalence des Français

71 % des Français font confiance aux vaccins et 52 % d'entre eux considèrent qu'ils présentent plus de bénéfices que de risques.
En France, les données épidémiologiques témoignent d'une bonne couverture vaccinale pour la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, en particulier chez les enfants (plus de 90 %), mais d'un retard important pour les vaccinations rendues obligatoires ou bien recommandées à l'adolescence (84 %) ou chez l'adulte (44 % après 65 ans).

Pour certains vaccins, la situation est plus préoccupante :

  • Méningocoque C : la couverture vaccinale est insuffisante pour les enfants de 2 ans (71 %), faible chez les 10-14 ans (36 %) et très faible chez les 20-24 ans (7 %).
  • Grippe saisonnière : on assiste à une baisse inquiétante de la couverture vaccinale en 2016-2017 (46 % vs 60 % en 2009-2010).
  • Hépatite B et ROR (rougeole, oreillons, rubéole) "2 doses" : la couverture vaccinale des enfants est insuffisante (respectivement 88 % et 79 %).
  • Papillomavirus (HPV) : on constate une baisse de la couverture vaccinale en 2016 pour les "3 doses" à 16 ans (20 % vs 28 % en 2010), alors qu'en moyenne les pays européens ont des couvertures vaccinales de l'ordre de 70 %.

Ces taux de couverture insuffisants ont conduit à la résurgence épidémique de maladies infectieuses graves et très contagieuses, comme la rougeole.

 

Les épidémies de rougeole

Du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2017, plus de 24 500 cas de rougeole ont été déclarés en France (dont près de 15 000 pour la seule année 2011).
Après avoir fortement diminué en 2012, le nombre de cas déclarés est resté stable en 2013 et 2014 (respectivement 859, 259 et 267 cas).
En 2015, on assistait à une nouvelle augmentation (364 cas), en lien avec un important foyer épidémique en Alsace (230 cas).
En 2016, une circulation moindre du virus de la rougeole a été notée avec seulement 79 cas déclarés, mais elle s'est intensifiée en 2017 avec un total de 519 cas déclarés, en lien surtout avec des foyers épidémiques en Lorraine, Nouvelle Aquitaine et Occitanie.

 

Rougeole

 

Aujourd'hui, environ 41 % des Français déclarent douter de la sécurité des vaccins et les professionnels de santé, pourtant largement convaincus de l'intérêt individuel et collectif de la vaccination, semblent fragilisés par le climat de défiance actuel.

44 %
Part des adultes ayant un retard important pour les vaccinations rendues obligatoires ou recommandées.
58 %
Part des Français ayant peur des substances "nocives" pouvant entrer dans la composition des vaccins.

 

L'antibiorésistance

La réduction de la mortalité de certaines maladies grâce aux antibiotiques est drastique.
Les antibiotiques ont ainsi constitué une des révolutions médicales du XXe siècle : avec l'action conjointe des vaccins, ils ont permis un gain d'espérance de vie d'environ 20 ans en moyenne.
Mais très vite, leur utilisation a entraîné l'apparition de souches bactériennes résistantes.
Sous l'action des antibiotiques, la majorité des bactéries sont éliminées. Cela laisse alors la possibilité aux bactéries ayant développé un système de résistance de se propager.
 
Si ce phénomène était ponctuel au début, il est devenu préoccupant depuis quelques années.
Aux États-Unis, deux millions de personnes sont infectées chaque année par des bactéries résistantes aux antibiotiques et 23 000 décèdent des conséquences de ces infections.
En Europe, on comptabilise chaque année en moyenne 400 000 infections causées par cinq bactéries résistantes majoritaires, auxquelles sont associés 25 000 décès.
Une des raisons principales de cette généralisation de l'apparition de résistances est le mésusage et l'utilisation massive des antibiotiques.
Les antibiotiques n'agissent que sur les bactéries et sont complètement inefficaces contre les virus (à l'origine par exemple des rhumes, grippes et angines saisonnières).

Pour éviter la crise à venir, une action coordonnée à l'international est nécessaire, qui s'articule autour de quatre points principaux :

  • promouvoir une utilisation appropriée des antibiotiques ;
  • améliorer le réseau de surveillance et l'acquisition de données ;
  • prévenir les infections et la propagation des souches résistantes ;
  • adopter de nouvelles stratégies pour développer de nouveaux antibiotiques.

 

 

Santé 2030 - Partie 1
Sources et intégralité de l'étude disponible sur notre site