Maladies rares

À quoi servent les « omiques » et toutes les data qu’elles génèrent ?

Les technologies dites « omiques », telles que la génomique, la protéomique et le séquençage de l’ADN à grande échelle sont apparues parallèlement au développement du projet Génome Humain dans les années 1990. On assiste actuellement à une explosion du volume de données par patient liée à deux innovations : la biologie moléculaire ainsi que les objetsconnectés( multiplication de capteurs générant de nombreuses données).   Cette explosion des données entraîne une reconfiguration du modèle de recherche de l’industrie pharmaceutique.


État des lieux

- Les technologies « omiques » ont considérablement modifié l’échelle des données analysables et la forme des protocoles de recherche scientifique.
- Elles permettent de générer des quantités massives de données à des niveaux biologiques multiples. Du séquençage des gènes à l’expression des protéines et des structures métaboliques, ces données peuvent couvrir tous les mécanismes impliqués dans les variations qui se produisent dans les
réseaux cellulaires et qui influencent le fonctionnement des systèmes organiques dans sa totalité.
- En plus d’augmenter le débit et le nombre des données, les technologies « omiques » ont fondamentalement modifié les procédures de recherche.

Enjeux

- Habituellement, les scientifiques se basent sur des hypothèses de recherche dans lesquelles une question est clairement articulée. Ils obtiennent ensuite des données qui viendront confirmer ou infirmer cette hypothèse.
- Avec les technologies « omiques », il n’est plus nécessaire de poser une question précise pour débuter une recherche : on peut rassembler de nombreuses données génomiques ou protéomiques dans des études avant de formuler et de tester différentes hypothèses biologiques.
- Cette inversion du modèle de recherche ouvre de manière inédite la porte à de nombreuses découvertes sur les mécanismes des maladies, sur la compréhension des facteurs qui influencent l’efficacité et la toxicité des médicaments, ou encore sur la manière dont notre organisme répond et réagit aux médicaments et à l’alimentation.

Que font les industriels?

- Ils s’appuient sur les technologies « omiques » pour améliorer leur modèle de recherche : les modèles simplistes et réducteurs traditionnels n’offraient qu’une vision limitée de la nature complexe, longitudinale et dynamique des réseaux biologiques et de leurs fluctuations en réponse à des facteurs sociaux et environnementaux qui sont à l’œuvre dans la santé humaine et l’apparition de maladies.
- Ils s’orientent de plus en plus vers la médecine personnalisée à partir de l’ADN, en dépistant des mutations, en développant la thérapie génique, la thérapie cellulaire et les biomarqueurs.
- Ils évoluent dans un environnement de plus en plus concurrentiel avec la montée en puissance de la médecine NBIC fondée sur les nanotechnologies, les biotechs, l’informatique, la cognitique (intelligence artificielle, robotique, sciences du cerveau) et l’arrivée de nouveaux acteurs investissant le champ de la santé tels que Google2 et Calico3.

Précisions

Baseline study : c’est le projet lancé par Google pour mieux détecter les éléments déclencheurs des maladies mortelles. En 2014, le géant américain a lancé une collecte de données ADN sur des milliers de volontaires.
Calico : c’est une société de biotechnologies fondée  par Google en 2013, dont le but est de se concentrer sur le défi de la lutte contre le vieillissement et les maladies associées.
 
(1) Ozdemir, V., Suarez-Kurtz, G., Stenne, R., Somogyi, A., Someya, T., Kayaalp, S.O., Kolker, E. Risk Assessment and Communication Tools for Genotype Associations with Multifactorial Phenotypes : the Concept of ‘Edge Effect’ and Cultivating an Ethical Bridge between Omics Innovations and Society. OMICS: Journal of Integrative Biology 2009; 13(1) 43-62
(2) « Le Figaro Santé ». 22 janvier 2014
(3) « Le Figaro Santé ». 28 juillet 2014