L'économie du médicament

Consommation : répartition et financement

Dans tous les pays développés, la consommation de médicaments progresse structurellement plus vite que le PIB

Les comptes nationaux de la santé mesurent chaque année les différents postes de la consommation médicale totale (valeur totale des biens et services médicaux consommés) et de la dépense courante en santé (somme des dépenses engagées par les financeurs publics et privés pour la fonction santé).

En 2014, la consommation de soins et de biens médicaux, en France, a atteint 190,6 milliards d’euros, soit 2 900 euros par habitant. Elle a progressé de 2,5 % par rapport à 2013.
Rapportée à la population, la consommation de médicaments et autres produits pharmaceutiques a été, en moyenne, de 516 euros par habitant en 2014. Il s’agit d’une moyenne qui recouvre une très grande diversité, puisque ce sont surtout les personnes âgées et celles atteintes de maladies graves qui consomment le plus.

 

L’originalité majeure de la consommation française est liée à sa structure : d’un côté, un faible recours à la chirurgie ambulatoire et aux formes modernes d’hospitalisation, relativement économiques, par rapport aux pays voisins ; de l’autre côté, un manque de sensibilisation des acteurs (patients et professionnels de santé) au coût des actes et des produits de santé (exonération du ticket modérateur et tiers payant, faiblesse des contrôles et absence de traçabilité informatique des prescriptions hospitalières).
Les pouvoirs publics cherchent à maîtriser cette consommation, en faisant évoluer le comportement des acteurs de santé via des actions de maîtrise médicalisée.

Depuis avril 2009, les médecins généralistes peuvent s’engager sur des objectifs de santé publique, portant notamment sur des prescriptions de produits anciens moins chers – dans le répertoire ou non – et percevoir une rémunération sur objectif de santé publique, de 4 500 euros en moyenne en 2015, en complément de leur rémunération à l’acte.
En parallèle, la convention pharmaceutique de 2012 a incité à la délivrance de génériques par le pharmacien (tiers payant conditionné par l’acceptation de la substitution), ce qui a fortement contribué à l’augmentation de part de marché des génériques.


Le tableau 56 montre que la part de la consommation médicale dans le PIB a augmenté beaucoup plus rapidement que celle de la consommation de médicaments : elles sont passées respectivement de 5,1 % en 1970 à 8,9 % en 2014, contre 1,3 % en 1970 à 1,6 % en 2014.
Cette augmentation, jointe au ralentissement de la croissance économique depuis 1975 et à l’amélioration de la prise en charge collective des soins, a entraîné une situation de déficit chronique de l’Assurance maladie.
 
 
La consommation effective des ménages en biens et services de santé regroupe les dépenses effectivement supportées par les ménages et celles supportées par la collectivité.
En 2014, elle représentait 12,6 % de la consommation effective totale des ménages.
Elle doit être corrélée aux indicateurs de santé publique français, supérieurs à ceux de nos voisins.
 
 
 

Les dépenses de soins et de biens médicaux sont financées par la Sécurité sociale à 76,6 % en 2014
La Sécurité sociale reste de loin le premier financeur des dépenses de santé, avec 76,6 % du financement.
Les complémentaires (mutuelles, sociétés d’assurances, institutions de prévoyance) assurent 13,5 % du financement des dépenses de santé, dont 7,2 % pour les mutuelles contre 3,7 % pour les assureurs.
La part directe des ménages représente actuellement 8,5 %.

94 % des ménages bénéficient d’une couverture complémentaire, qu’elle soit obtenue par une mutuelle, par une assurance privée ou par la couverture maladie universelle (CMU), qui complète, le plus souvent, à hauteur de 100 % le remboursement de la Sécurité sociale.
La sensibilité directe des ménages aux prix des médicaments est donc très faible.

 

Comparaisons internationales de la consommation de médicaments
La France a longtemps été présentée comme le premier pays consommateur de médicaments.
Depuis quelques années, plusieurs études relativisent cette affirmation, avec le poids croissant de médicaments internationalisés, dont les conditions de prescription sont voisines (référentiels internationaux de bon usage).
L’étude du professeur Le Pen, publiée en 2007, souligne que le classement des pays en termes de consommation médicamenteuse dépend fortement de l’unité considérée, de la classe thérapeutique et de la période.
La conclusion montre une convergence puissante des niveaux de consommation de médicaments européens.
Cette convergence est confirmée dans une étude de la CNAMTS sur l’évolution des huit principales classes pharmacothérapeutiques entre 2006 et 2009 en unités standardisées.
Selon cette étude, la consommation d’unités, en 2009, par habitant est de 456 au Royaume-Uni, 382 en Espagne et en France, 329 en Allemagne et 298 en Italie.
Pour trois classes (statines, IPP, antidépresseurs), la croissance française est la plus faible d’Europe.
Ces résultats sont également confortés par une étude du LIR en partenariat avec la chaire Essec et le professeur de Pouvourville, publiée en juin 2012.
Elle compare la consommation de médicaments en volume entre 2000 et 2011, dans les huit principales classes thérapeutiques, en France et dans six autres pays européens, et confirme que, en matière de consommation de médicaments, la France affiche le taux d’évolution le plus faible et une modération relative.
Si la France était bien, en 2000, le pays le plus consommateur en volume de médicaments de ces huit classes, elle se situe, en 2011, dans la moyenne européenne.
Or, le LIR a actualisé en 2012 son étude, avec l’institut IMS.
Les nouveaux résultats confirmaient pleinement les conclusions de 2011. Sur la période 2000-2012, la France affiche, pour sept classes thérapeutiques sur huit, un taux d’évolution parmi les trois plus faibles des pays étudiés.
Dans quatre cas sur huit, le taux d’évolution est le plus faible (antidépresseurs, antiulcéreux, hypolipémiants et antihypertenseurs).
Le seul cas où la consommation a évolué plus vite en France que dans les autres pays est celui des antiasthmatiques.
Alors qu’en 2000 la consommation française était supérieure à la moyenne européenne pour cinq classes thérapeutiques sur huit, en 2012, ce n’est plus le cas que pour deux classes (antibiotiques et anxiolytiques).
Pour les traitements antidépresseurs, antidiabétiques, antiasthmatiques, anticholestérol, antihypertenseurs et antiulcéreux, la France affiche une consommation inférieure à la moyenne.

 

 

 

 

Pour en savoir plus

 

PUBLICATIONS
Évolution comparée des ventes de médicaments dans sept pays européens (2000-2011).
LIR en partenariat avec la chaire Essec et le Professeur G. de Pouvourville, juin 2012.
Comptes nationaux de la santé, 2015. Collection Études et Statistiques. Diffusion Drees.
La consommation médicamenteuse dans cinq pays européens : une réévaluation. Professeur C. Le Pen, H. LEMASSON, C. ROULLIÈRE-LELIDEC, avril 2007.
Consommation et dépenses de médicaments en France et en Europe : évolutions 2006-2009. Point d’information CNAMTS, mars 2011.

SITE INTERNET
Drees : www.drees.sante.gouv.fr/
Insee : www.insee.fr